Carburant cet été : le gazole reste élevé malgré la baisse du brut

Par la rédaction Prix à la Pompe, publié le 30 juillet 2026

Les prix des carburants restent très élevés en France à l'approche du chassé-croisé estival. Philippe Charlez, expert en énergie, explique pourquoi la baisse ne ramènera pas le gazole sous 2 euros.

Carburant cet été : le gazole reste élevé malgré la baisse du brut
Photo : Chabe01 (CC BY-SA 4.0)

Une légère baisse qui ne change pas grand-chose

Le gazole devrait redescendre aux alentours de 2,10 euros le litre dans les prochains jours, contre 2,17 euros enregistrés vendredi dernier. Pour le SP95, la baisse attendue ramènerait le tarif vers 1,95 euro. La règle en vigueur sur les marchés est simple : une variation de 10 dollars sur le cours du baril équivaut à 6 centimes par litre à la pompe. Le baril étant retombé de 92 à 82 dollars, les distributeurs répercutent la baisse. Philippe Charlez, expert en énergie et membre du think tank Le Millénaire, a été interrogé par La Dépêche du Midi ce 30 juillet. Sa conclusion ne laisse guère d'illusions : « il n'y a pas d'espoir de voir le gazole repasser sous la barre des 2 euros à court terme. »

Ces prix ont des conséquences directes sur les vacances des Français cet été. Jean-François, camping-cariste originaire de Roanne, a renoncé à son habituel détour par les plages bretonnes. Il a confié à Marie France fin juillet : « À 2,12 euros le litre de carburant, on a préféré y renoncer, c'est trop loin de chez nous. » Même constat pour Annick et Alain, originaires de l'Isère, qui sillonnent les routes en camping-car depuis 26 ans et ont eux aussi dû réviser leur itinéraire estival à la baisse.

Le vrai responsable : une marge de raffinage qui a explosé

Le cours du baril n'est pas seul en cause. Philippe Charlez pointe un phénomène rarement évoqué dans le débat public : la marge de raffinage a atteint 41 centimes le litre, contre 15 à 20 centimes en temps normal. Selon lui, la hausse récente du gazole s'explique à seulement 40 % par le cours du brut, et à 60 % par le coût du produit raffiné.

Pourquoi un tel décalage ? Dans les années 2010, l'Europe a fermé des raffineries pour importer à moindre coût depuis la Russie. Depuis l'embargo décidé après la guerre en Ukraine, les approvisionnements viennent du Moyen-Orient et d'Inde, à des coûts de transport nettement plus élevés. Les tensions actuelles dans le détroit d'Hormuz aggravent encore la situation.

Selon les données de l'UFIP (Union Française des Industries Pétrolières) citées par l'expert, le prix à la pompe repose sur quatre composantes : le brut, le raffinage, la marge de distribution (environ 15 centimes par litre) et les taxes d'État (entre 95 et 97 centimes). Les deux dernières étant stables, ce sont le brut et le raffinage qui font varier la note finale payée en station.

TotalEnergies : milliards de profits, geste commercial contesté

La publication des résultats de TotalEnergies pour le premier semestre 2026 a relancé la polémique. Selon La Dépêche du Midi, le groupe a affiché 11,4 milliards de dollars de bénéfice net sur six mois : 5,4 milliards au premier trimestre et 6 milliards au second, en hausse de 68 % sur un an. L'activité d'Aval (raffinage et négoce) a bondi de 187 % sur un an.

La veille de ces annonces, le 22 juillet, TotalEnergies avait rétabli un plafonnement de ses prix dans 1 200 stations : 1,99 euro pour l'essence et 2,24 euros pour le gazole, pour un coût de 200 millions d'euros. La journaliste Catherine André (TF1) a résumé la manœuvre : « Une opération de plafonnement limité aux stations-service en France, pas à l'étranger, une goutte d'eau dans un océan de profits. »

Parallèlement, le groupe a relevé son dividende de 5,9 % et lancé un rachat d'actions de 1,5 milliard de dollars. La Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FFC3), représentant un millier de stations indépendantes, a signalé une chute de volumes pouvant atteindre 40 % dans son réseau, ces enseignes étant incapables de s'aligner sur les prix de Total sans vendre à perte. La FFC3 a saisi l'Autorité de la concurrence.

Ce que montrent nos relevés

D'après nos données collectées sur 9 620 stations ce jeudi 30 juillet, le litre de gazole affiche une moyenne nationale de 2,207 euros, en hausse de 6,2 centimes sur sept jours. L'E10 (sans-plomb avec bioéthanol) atteint 2,027 euros en moyenne, le SP95 classique 2,07 euros et le SP98 dépasse les 2,11 euros.

Parmi les relevés disponibles, les stations affichant les prix gazole les plus bas :

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Le superéthanol E85 reste l'alternative la plus économique à 0,857 euro le litre en moyenne (disponible dans 3 940 stations), et le GPL se maintient à 1,048 euro sur 1 482 points de vente. Pour les véhicules compatibles, ces carburants absorbent une bonne partie de la hausse actuelle.

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