Aide carburant : seulement 24 % des éligibles ont touché les 100 euros
Par la rédaction Prix à la Pompe, publié le 15 juillet 2026
Un rapport de l'Assemblée nationale révèle que l'aide carburant de 100 euros n'a touché que 24 % des éligibles. Le gazole repasse au-dessus de 2 euros.
Un rapport de mission flash publié ce 15 juillet 2026 par la Commission des Finances de l'Assemblée nationale tire un bilan sévère de la politique d'aide au carburant du gouvernement. Piloté par le député PS Philippe Brun, ce document révèle que seules 24 % des personnes éligibles à l'aide de 100 euros l'ont effectivement touchée. Un résultat qualifié d'échec total par l'élu, au moment même où le gazole repasse la barre des deux euros à la pompe.
Un dispositif trop ciblé et trop tardif
Le rapport Brun pointe deux défauts majeurs. D'abord, les critères d'attribution jugés « trop ciblés pour avoir un impact significatif » économiquement. L'aide de 100 euros était réservée aux ménages sous un certain seuil de revenus et utilisant leur véhicule pour aller travailler. D'emblée, une large partie des automobilistes touchés par la flambée des prix en était exclue.
Ensuite, un calendrier intenable. Les prix ont commencé à flamber à partir du 28 février 2026, mais le portail de demande en ligne n'a ouvert qu'en mai. Les premiers versements ne sont arrivés qu'en juin, trois mois après le début de la crise. Un délai qui a vidé le dispositif de toute utilité d'urgence.
« On a arrosé du sable en vérité, on n'a pas aidé les gens à défendre leur pouvoir d'achat. » Philippe Brun, député PS de l'Eure, 15 juillet 2026 (RMC).
Le coût total du dispositif est estimé à 70 à 80 millions d'euros selon le rapport, pour 1,1 million de bénéficiaires. Une enveloppe qualifiée d'« anecdotique » par Philippe Brun au regard des moyens déployés par nos voisins européens face à la même crise.
Le gouvernement assume, mais les chiffres divergent
Face aux conclusions du rapport, la ministre déléguée à l'Energie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a défendu le bilan sur BFM TV. Elle reconnaît que 1,1 million de Français ont touché l'aide aux gros rouleurs, soit selon ses calculs « un peu moins de 40 % » des éligibles. Ce chiffre diverge du taux de 24 % retenu par le rapport parlementaire, la différence tenant à la méthode de calcul du périmètre d'éligibilité.
La ministre assume le caractère volontaire de la démarche : « On a assumé qu'il faille une démarche volontaire pour toucher cette aide. » Qualifier le résultat d'arrosage de sable est selon elle « extrêmement méprisant pour le plus de 1,1 million de Français à avoir demandé et touché cette aide. »
L'aide aux gros rouleurs, prolongée jusqu'en juillet, fera l'objet d'un bilan. La ministre a précisé que la reprise des tensions au Moyen-Orient pèse de nouveau sur les cours du brut, ce qui complique les perspectives pour les prochaines semaines.
Ce que montrent nos relevés
La hausse des prix à la pompe est bien réelle. D'après nos relevés sur 9 799 stations-service en France, le gazole affiche ce 15 juillet une moyenne nationale de 2,006 euros le litre, soit une hausse de 0,08 euro en une semaine. L'E10 progresse de 0,029 euro sur sept jours, à 1,945 euro en moyenne. Le SP98 atteint 2,024 euros.
Pour limiter la facture, certaines stations restent bien en dessous de la moyenne nationale sur le gazole :
- Carrefour de Riaille (44440) : 1,819 euro
- Intermarché de Gourin (56110) : 1,823 euro
- Carrefour Market d'Evron (53600) : 1,828 euro
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La fiscalité flottante, alternative rejetée par l'exécutif
Philippe Brun ne se contente pas d'un bilan négatif. Son rapport préconise une réforme structurelle : l'instauration d'une fiscalité flottante sur les carburants. Quand le prix du carburant monte, les taxes baisseraient automatiquement ; quand les cours se détendent, elles remonteraient. Un mécanisme anticyclique qui absorberait les chocs pétroliers sans recourir à des aides d'urgence improvisées.
Le modèle espagnol est cité en référence. Face à la même crise, le gouvernement Sanchez a déployé plus de 80 mesures fiscales et budgétaires pour un coût évalué à 6,8 milliards d'euros, incluant une baisse de TVA sur l'essence. La comparaison est brutale : 6,8 milliards en Espagne, 70 millions en France.

Maud Bregeon rejette toutefois le parallèle. L'Espagne peut financer de tels efforts grâce aux réformes structurelles qu'elle a menées, notamment sur les retraites, ce qui lui confère une marge budgétaire que la France n'a pas. Le débat sur les moyens d'amortir les chocs pétroliers pour les automobilistes reste ouvert.
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Sources
- Carburant : le rapport parlementaire accable l'aide gouvernementale jugée inutile Politique Matin · 15 juillet 2026
- Coût des carburants : "On a arrosé du sable"… Les aides contre l'explosion des prix à la pompe n'auraient eu "aucun impact", révèle un rapport Midi Libre · 15 juillet 2026
- Aides carburant jugées inefficaces par un rapport: "C'est hallucinant comme système", tacle Charles Consigny RMC · 15 juillet 2026